Couvent de montpellier

Homélie du dimanche des Rameaux 2020

FR. MARIE-DOMINIQUE

Homélie pour le dimanche des Rameaux

05.04.2020

Nous entrons aujourd’hui dans la grande semaine du mystère pascal : la Semaine Sainte. Elle commence par l’entrée solennelle du Seigneur dans la ville de Jérusalem. Monté sur une ânesse, Jésus accompagné par ses disciples, s’avance au milieu des foules qui l’acclament. Ce n’est pas du confinement ce jour-là ! mais nous savons ,nous, que, quelques jours plus tard, Jésus devra affronter ses ennemis pour subir la condamnation, la torture et la mort. Une fois de plus voici le paradoxe, qui nous apparaît comme une contradiction, à travers lequel, seulement, le mystère de Dieu peut se manifester aux hommes.

1. De fait, les disciples ne comprirent pas que l’entrée à Jérusalem n’était qu’un signe. Sans doute ont-ils pensé que la victoire de Jésus était consommée. L’image du Messie qui traînait dans leur esprit leur permettait de comprendre que, certainement, Jésus allait prendre le pouvoir et bouter le Romain, l’occupant dehors ! Il allait définitivement écraser la puissance des pharisiens et autres membres du clergé officiel. Il allait enfin imposer sa « Loi nouvelle ». Eux,les disciples allaient se trouver du bon côté. Comme ils avaient bien fait de le suivre en quittant tout !
Or, il ne s’agissait encore que d’un signe :« Mon royaume n’est pas de ce monde ». Jésus savait au moins une chose : le système des royaumes terrestres ne peut fonctionner pour établir le Royaume de Dieu.

2. De là, sans doute, l’immense déception des disciples lorsque, quatre jours plus tard, ils assisteront, impuissants, au drame de la passion. Comme la lecture du récit de celle-ci nous le dit clairement, tous les disciples s’enfuient. L’un le trahit, un autre le renie publiquement par trois fois. Quel échec, quel échec public, quel échec complet !
Et pourtant, ce sont eux les disciples qui ont tenu à consigner par écrit, bien après les événements, leur défection et leur manque de courage, leur manque de compréhension du mystère. Et c’est heureux pour nous car cela nous dit une vérité très importante sur les chemins de la foi que nous essayons de parcourir. L’étape première de toute véritable conversion, c’est la générosité de l’amitié pour Jésus, même si elle n’est pas encore éclairée par toute la lumière de l’Esprit Saint. Cette étape, osons la regarder en face si elle se présente dans nos vies. Elle s’appelle le péché. Et lorsque nous entendons le récit des humiliations et des souffrances du Christ, la première façon de nous unir à elles est bien de reconnaître que nous en sommes, pour notre part, les provocateurs. Nous pouvons nous reconnaître dans la lâcheté et la somnolence des disciples au jardin de l’Agonie. Nous pouvons nous reconnaître, sans doute, dans l’accusation portée contre Jésus, dans l’attitude de ceux qui
le dénoncent injustement et mensongèrement. Nous pouvons nous reconnaître dans la cruauté de ceux qui le flagellent et le couronnent d’épines quand nous nous moquons des autres plus vulnérables et moins puissants. Nous pouvons nous reconnaître dans le veulerie d’un Pilate ou même dans l’inconscience des soldats de faction à qui on donne l’ordre de le crucifier. La passion est d’abord, pour nous, une bonne table des matières, pour un sérieux examen de conscience.

3. Pourtant il est une seconde manière d’accompagner Jésus dans sa passion. Les disciples l’emprunteront bien vite au lendemain de Pâques. Ils reçoivent l’Esprit-Saint et, dès lors, leur proximité de Jésus est complètement retournée ; oui, elle est convertie. Ils n’oublient pas leur examen de conscience. Mais ils connaissent désormais l’immense miséricorde de Dieu. Ils découvrent, grâce à l’eucharistie d’Emmaüs, que ce Jésus qu’ils ont contribué à faire mourir devient en eux comme une seconde vie, une seconde naissance. Il les configure à lui pour leur donner sa propre vie ressuscitée. Mais le chemin pour rejoindre la résurrection ne peut être différent de celui emprunté par Jésus. La passion devient alors pour eux l’unique chemin. Identifiés à Jésus, ils lisent toutes leurs souffrances, leurs labeurs et leurs fatigues au service de l’Évangile comme l’occasion d’être unis à celui qui est devenu leur vie. C’est lui qui, en eux, continue son chemin vers Pâques. Ils ne regardent plus la passion comme un spectacle, comme à Oberammergau en Bavière ! Du cœur même de la passion de Jésus, devenue la leur, ils regardent le monde entier avec au cœur le même immense amour et la divine miséricorde qui portaient Jésus et qui les portent désormais.
C’est vers les hommes qu’ils se tournent définitivement, pour leur annoncer la merveilleuse Bonne Nouvelle : nous sommes sauvés. Amen.

Fr.Marie-Dominique de l’Incarnation ocd
(Pierre Balmelle) Montpellier, le 5 avril 2020